Lundi 6 juillet 2020

CONTINUER À CRÉER : AUTOUR D’INNOCENCE — Tous les acteurs de cette production qui devait être créée cet été sont réunis plusieurs semaines pour commencer les premières répétitions. La compositrice Kaija Saariaho, le metteur en scène Simon Stone et la chanteuse Magdalena Kožená témoignent auprès de Pierre Audi, directeur général du Festival d’Aix-en-Provence, de ce que représente concrètement l’impact de la crise sanitaire sur le devenir d’une telle création, et montrent comment le travail peut se poursuivre malgré les contraintes. Nous retrouvons Magdalena Kožená dans un récital Brahms, Dvořák, Debussy, Strauss, Janáček qu’accompagne Sir Simon Rattle. La rediffusion de "Pelléas et Mélisande" de Debussy par Esa-Pekka Salonen et Katie Mitchell (Festival d’Aix 2016), introduite par Barbara Hannigan, prolonge cette journée consacrée aux cellules familiales brisées par un drame non-dit.

Mardi 7 juillet 2020

QUELLES FABLES POUR L’OPÉRA DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI ? — Quels mots et quelles histoires d’opéra sont les mieux à même d’exprimer les réalités contemporaines – socio-économique, politique ou environnementale – et ce qu’elles induisent en nous de pensées vives et d’émotions ? Le metteur en scène Peter Sellars dialogue avec Sofi Oksanen, romancière et librettiste d’Innocence. Ils posent ainsi à nouveaux frais la question d’un art engagé. Un récital de Marie-Laure Garnier et Célia Oneto Bensaid donne à entendre "Quatre Instants" de Kaija Saariaho, sur un texte d’Amin Maalouf, ainsi que des mélodies de Sibelius, autre figure incontournable de la musique finlandaise. Le questionnement autour de la fable d’opéra aujourd’hui s’étend à la rediffusion de "Pinocchio" de Philippe Boesmans.

Mercredi 8 juillet 2020

CONTINUER À RÊVER : RÉINVENTER L’ENCHANTEMENT SPECTACULAIRE — Le contexte lourd d’enjeux qui est le nôtre aujourd’hui exige de pouvoir continuer à rêver, et donc retrouver les chemins de l’enchantement spectaculaire. Les grandes esthétiques du passé continuent de nous inspirer ; la crise aura montré l’importance des nouvelles technologies, à la fois comme support alternatif et comme espace de créativité. Tel est l’enjeu de l’échange entre le metteur en scène Barrie Kosky, le chef d’orchestre Leonardo García Alarcón et le saxophoniste, compositeur et directeur du Conservatoire de Marseille Raphaël Imbert. Jakub Józef Orliński, artiste typique d’une nouvelle génération évoluant aisément entre cultures savantes et populaires, y participe à sa manière. Il cultive son jardin avec le concours de Michał Biel dans un récital partant des airs de Haendel et des songs de Purcell qui ont assuré son succès pour aller vers un large pan de la mélodie polonaise du XXe siècle. La rediffusion du "Songe d’une nuit d’été" de Britten par Kazushi Ono et Robert Carsen (Festival d’Aix 2015), et présentée par ce dernier, illustre idéalement le thème du jour.

Jeudi 9 juillet 2020

LA MOBILITÉ DES ARTISTES AU DÉFI DES FRONTIÈRES — L’une des inconnues les plus tenaces de cette édition aura été : les artistes pourront-ils franchir les frontières ? Elle n’est que la déclinaison radicale d’une problématique que nombre d’artistes connaissaient déjà avant pour des raisons économiques, géopolitiques ou institutionnelles. Quel peut être alors le rôle des réseaux ? Vincent Agrech, journaliste musical et ancien responsable du Pôle Musique de l’Institut Français, pose la question à Bernard Foccroulle, ancien directeur de La Monnaie de Bruxelles et du Festival d’Aix-en-Provence, Kathryn McDowell, directrice du London Symphony Orchestra, Michele Cantoni, directeur de la Philharmonie de Palestine, et Tom Leick-Burns, à la tête des Théâtres de la Ville de Luxembourg et membre du réseau enoa (réseau européen d’académies d’opéra fondé et dirigé depuis 2009 par le Festival d’Aix-en-Provence). Un récital de Paul-Antoine Bénos-Djian et Bianca Chillemi nous fait voyager sur les terres espagnole et sud-américaine avec des mélodies d’un large XXe siècle exaltant l’artiste errant et marginal. On retrouve l’Espagne, mais aussi la figure mythique la plus voyageuse et protéiforme de l’Europe moderne, avec la rediffusion de "Don Giovanni", par Louis Langrée et Dmitri Tcherniakov (Festival d’Aix 2010), présenté par Marlis Petersen.

Vendredi 10 juillet 2020

L’ÉDITION 2020 : REPENSER LE FESTIVAL — Le temps fort de cette journée est le concert donné à l’Archevêché par le Balthasar Neumann Ensemble sous la direction de Thomas Hengelbrock, dans un programme qui entrelace la "Cinquième Symphonie" de Beethoven, dont nous fêtons l’anniversaire de la naissance, à des airs et duos de Mozart interprétés par Véronique Gens et Stanislas de Barbeyrac. Ce contact renoué avec les origines du Festival – Mozart à l’Archevêché – est l’occasion pour John Allison, critique musical au Daily Telegraph, d’interroger Pierre Audi et certains chefs d’orchestre de l’édition 2020 – Sir Simon Rattle, Susanna Mälkki, Thomas Hengelbrock – sur ce qu’ils pensent être son sens et sa mission à la lumière de l’expérience inédite que représente cette édition empêchée. L’hommage au style et à l’esprit des œuvres de Mozart éclate dans "The Rake’s Progress" de Stravinski (Festival d’Aix 2017), par Simon McBurney et Eivind Gullberg Jensen, autre manière de repenser la place de l’opéra dans notre culture, entre permanence et renouveau. Sa rediffusion est présentée par Kyle Ketelsen.

Samedi 11 juillet 2020

ACCOMPAGNEMENT DES CARRIÈRES ARTISTIQUES : VERS PLUS D’ÉGALITÉ — Des freins à l’égalité des chances peuvent surgir tout au long de la carrière artistique. C'est le sujet d’un entretien réunissant la metteuse en scène Katie Mitchell, qui supervise au Festival l’atelier « Créatrices d’opéra », Émilie Delorme, directrice du CNSMDP, et Estelle Lowry, directrice de Musique Nouvelle en Liberté. Une attention particulière est accordée au rôle que jouent les institutions de formations artistiques et à celui que peuvent assumer des artistes-mentors. Le concert du Trio Sōra – consacré à Beethoven et Kelly-Marie Murphy – pose à sa manière la question de la programmation des femmes compositrices. La rediffusion de Tosca de Puccini par Daniele Rustioni et Christophe Honoré (Festival d’Aix 2019), présentée par Catherine Malfitano, est l’occasion d’une libre évocation des joies et peines de la carrière artistique à tous les âges de la vie.

Dimanche 12 juillet 2020

LA CRÉATION ARTISTIQUE FACE AUX ENJEUX DE L’ANTHROPOCÈNE — Comment faire face aux grands défis de l’anthropocène, cet état du monde marqué de manière irréversible par l’empreinte de l’homme ? Les arts de la scène se sont emparés de la problématique sous l’angle concret de l’éco-responsabilité et sous celui, esthétique, de son inscription dans l’œuvre d’art. Isabelle Moindrot, professeure à l’Université Paris 8 spécialiste de l’opéra, aborde ces deux aspects avec le metteur en scène Simon McBurney, rejoint par la chercheuse et metteuse en scène Frédérique Aït-Touati et le bâtisseur de paysage Bas Smets. Pour ses débuts au Festival d’Aix, Christian Gerhaher, accompagné de Gerold Huber, met son art de Liedersänger au service des plus grandes pages de Schubert et Berg, variations sur le thème de la nature apaisante ou tourmentée comme autant de reflets de l’âme. La rediffusion de "Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny" de Kurt Weill par Esa-Pekka Salonen et Ivo van Hove (Festival d’Aix 2019) prolonge cette réflexion sur les dystopies et les sursauts nécessaires.

Lundi 13 juillet 2020

LA CRÉATION EN MÉDITERRANÉE — Cette journée est largement consacrée à l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée. Ses deux figures tutélaires, Fabrizio Cassol, directeur artistique de sa session de création interculturelle (Session Medinea) et Duncan Ward, directeur musical de son volet symphonique, échangent autour des problématiques que soulèvent les projets de création musicale en Méditerranée. Dans la matinale est proposée une rediffusion d’un programme symphonique autour de la figure de Shéhérazade donné en 2017, sous la direction de Pablo Heras-Casado, avec la participation de Virginie Verrez. Puis le temps du concert est dédié à la session interculturelle Medinea, qui aura réuni pendant deux semaines onze jeunes improvisateurs autour de Fabrizio Cassol, répartis entre la Fondation Camargo à Cassis, pour les uns, et leur lieu de résidence pour ceux qui n’auront pas pu franchir les frontières. Enfin, la rediffusion de "Carmen" par Pablo Heras-Casado et Dmitri Tcherniakov (Festival d’Aix 2017), présentée par Stéphanie d’Oustrac, clôture cette séquence placée sous le signe de la Méditerranée.

Mardi 14 juillet 2020

NOUVELLES FORMES, NOUVEAUX RAPPORTS AUX PUBLICS — Artistes et institutions culturelles s’emploient à renouveler les formes et les pratiques, dans le désir d’un plus fort ancrage au cœur de la Cité. Anthony Heidweiller, qui mène au Festival le projet «Opéra de-ci de-là», laboratoire d’œuvres brèves créées par de jeunes artistes au cœur de la ville d’Aix, Mark Withers, référent de l’atelier « Artistes-relais », Frédérique Tessier et Marie-Laure Stephan, représentantes du service éducatif et socio-artistique Passerelles du Festival d’Aix, et Philippe Franceschi, chef du groupe vocal Antequiem et porteur du projet participatif «Accents Balkans», évoquent leurs expériences, habitées par un souci d’inclusion, de participation et, plus largement, un travail de transmission. La rediffusion du "Requiem" de Mozart, œuvre non scénique pourtant portée à la scène par Romeo Castellucci et insérée de surcroît dans un montage d’autres œuvres du compositeur conçu par Raphaël Pichon (Festival d’Aix 2019), illustre parfaitement ce type de nouvelles expérimentations artistiques. Auparavant, le récital de Sabine Devieilhe et Mathieu Pordoy aura enlacé des lieder du même Mozart et de Richard Strauss, rappelant les affinités électives qui relient les deux artistes.

Mercredi 15 juillet 2020

CONSTRUIRE L’AVENIR : LE FESTIVAL DANS SON TERRITOIRE — #LASCÈNENUMÉRIQUE se termine en beauté, avec le concert du London Symphony Orchestra, dirigé par Duncan Ward – depuis Saint Luke à Londres, mais tout spécialement dédié aux Aixois. Une dernière table aborde l’ancrage et les partenariats territoriaux du Festival, qui donnent une assise forte et singulière à son rayonnement national et international. En se tournant vers l’avenir, Pierre Audi échange avec Maja Hoffmann, créatrice de la Fondation Luma à Arles, Macha Makeïeff, directrice du Théâtre de La Criée à Marseille et Jean-François Chougnet, directeur du Mucem. Ensemble, ils évoquent les principes et projets qui animent les acteurs du monde culturel pour mieux transformer les difficultés présentes en opportunités futures. Enfin, la rediffusion d’"Elektra" de Richard Strauss par Esa-Pekka Salonen et Patrice Chéreau (Festival d’Aix 2013), introduite par Waltraud Meier, fait retentir les dernières déflagrations de cette édition à tout égard singulière.